Libye : La paix, un rêve encore lointain ?

Guerre en Libye

Des rues de Tripoli à la quête fragile d’un État unique

Il y a des nuits où les sirènes remplacent les chants du muezzin. Des soirs où les balles sifflent plus fort que le vent dans les ruelles de Tripoli. Ce n’est pas une scène de film, c’est la réalité vécue par des milliers de Libyens ces derniers jours.

Depuis la chute de Kadhafi en 2011, le pays navigue entre espoir et chaos. Aujourd’hui, il semble coincé dans une impasse : deux gouvernements, deux visions, et des groupes armés qui profitent du flou pour étendre leur influence. Le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, basé à l’ouest, tente depuis plusieurs mois de reprendre le contrôle. Mais ce n’est pas une mince affaire.

« Un pays ne se construit pas sur des fusils »

C’est presque avec une pointe de colère que Dbeibah a pris la parole samedi dernier. Après deux nuits de violents affrontements dans la capitale, il a lancé un appel clair aux milices : intégrez les institutions ou préparez-vous à être neutralisées. « Un pays ne se construit pas sur des fusils », a-t-il affirmé, martelant que la corruption et les jeux de pouvoir des groupes armés sont en train de détruire tout espoir de réconciliation.

Et pour cause, certains groupes comme le SSA (Special Support Apparatus), dirigé jusqu’à récemment par le controversé Abdelghani el-Kikli, ont accumulé un pouvoir économique et militaire impressionnant. On parle ici de banques sous contrôle, de prisons clandestines, de responsables recherchés par la Cour pénale internationale. Bref, une puissance parallèle qui fait office d’État dans l’État.

Mais Dbeibah n’a pas tout fermé d’un revers de main. Il a tendu une branche d’olivier à la Force Radaa, autre groupe armé implanté dans l’est de la ville. Moins critiqué que le SSA, ce dernier jouit d’une certaine légitimité populaire, même si ses méthodes restent discutables. C’est dire à quel point la donne est complexe : on ne peut pas tout effacer d’un coup de baguette magique.

Quand les rues parlent, la violence répond

Pendant que Dbeibah parle, les rues bouillonnent. Plusieurs centaines de personnes ont manifesté au centre de Tripoli, demandant sa démission. Pour eux, il incarne non pas la solution, mais une partie du problème. Et difficile de leur donner tort quand on compte les morts : huit selon l’ONU, dont un policier tué lors d’une tentative d’assaut mêlant manifestants et militants armés.

L’image est frappante : un homme marche avec son enfant dans les bras, un autre brandit un portrait de proche disparu dans les combats. Les slogans fusent, les cris montent. Personne ne veut plus de cette guerre perpétuelle, mais personne ne semble savoir comment en sortir.

Une fracture politique qui ne se referme pas

En coulisses, les tensions politiques grimpent. Samedi soir, six ministres auraient démissionné du gouvernement, dont deux officiellement confirmés. Pendant ce temps, des discussions ont lieu entre le Haut Conseil d’État et le Parlement oriental, dans l’espoir de trouver une figure neutre capable de former un nouveau gouvernement. Une goutte d’eau dans un océan de méfiance.

Pourtant, Dbeibah continue d’avancer, soutenu par des délégations venues de Tripoli et de Misrata, sa ville natale. Ils croient en sa vision : une Libye unifiée, sans milices, sans chantage, sans division. Mais c’est là tout le paradoxe : comment imposer l’autorité quand l’autorité elle-même est contestée ?

« Espérer, malgré tout »

La Libye ressemble à un vieil arbre secoué par des vents contraires. Ses racines sont profondes, mais ses branches tremblent. Depuis plus de dix ans, le pays oscille entre espoir timide et retour brutal à la violence.

Pour beaucoup, ce n’est pas une question de leadership, mais de volonté collective. Et celle-ci tarde à émerger. Peut-être que la vraie révolution libyenne ne viendra pas d’en haut, ni des armes, mais des gens simples, fatigués de voir leurs enfants grandir dans la peur.

Tu sais, ici, on apprend à vivre avec les bombes, mais on oublie comment rêver la paix.

Peut-être qu’un jour, les sirènes seront remplacées par des rires. Peut-être qu’un jour, les rues de Tripoli parleront d’amour plutôt que de vengeance. En attendant, la Libye continue de tenir bon, comme un marin sur une mer déchaînée.

 

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