À la Une & Analyses

Malgré la désignation refusée d’un avocat local : Le jugement de Boualem Sansal ajourné jusqu’au 24 juin prochain

Renvoi au 24 juin : la défense fait débat

Hier, à Alger, le tribunal a de nouveau repoussé l’appel de Boualem Sansal. La date retenue ? Le 24 juin. Ce n’est pas un détail. Cela veut dire qu’encore une fois, le romancier algérien – naturalisé français il y a quelques mois seulement – ne sera pas jugé tout de suite. Et pour cause : il tient à ses avocats français, mais ceux-ci n’ont pas pu se rendre en Algérie.

C’était donc un huis clos attendu. Personne ne s’étonnait vraiment de voir la machine judiciaire marquer une pause. Mais cette pause-là pèse lourd. Très lourd, même. Pour lui, d’abord, qui reste derrière les barreaux. Et pour l’image du pays, aussi, prise entre deux feux : pression internationale et contrôle des institutions locales.

Une affaire qui dépasse les murs du tribunal

Lors de son premier procès, fin mars, Boualem Sansal avait préféré se défendre seul. Il avait dit alors vouloir « faire passer un message », plus que chercher une quelconque absolution. Cette fois, c’est différent. L’écrivain réclame ses avocats français. Parmi eux, François Zimeray, figure bien connue outre-Méditerranée, mais dont le visa a été refusé. En clair : impossible de franchir la porte du tribunal algérois.

Et là, on touche au cœur du problème. Car si Sansal persiste dans sa demande, le risque est grand que son appel traîne encore longtemps. Comme un chat qui tourne autour d’un bol vide. Et ce n’est pas faute d’accusations sérieuses portées contre lui : atteinte à l’unité nationale, outrage aux institutions… Des charges lourdes, qui auraient pu mener à bien plus que ces cinq ans de prison ferme.

Quand la justice devient terrain de bataille diplomatique

Ce dossier, petit à petit, glisse vers autre chose. Ce n’est plus seulement un écrivain devant la justice, mais bien un bras de fer entre deux États. Entre Paris et Alger, les tensions montent. On murmure que certains responsables français ont « dépassé les bornes », selon des sources proches du gouvernement algérien. De leur côté, les médias européens relaient les appels à sa libération comme s’il s’agissait d’une cause universelle.

Mais qu’en est-il vraiment ? Est-ce la liberté d’expression qui est visée, ou plutôt la liberté de ton ? Parce que Boualem Sansal, c’est aussi ça : un homme qui parle fort, qui écrit sans gants, et qui ne mâche pas ses mots. Ses livres, souvent, mettent à nu des maux profonds de l’Algérie. Alors, quand il parle, certains aimeraient qu’il se taise. D’autres, qu’il parle encore plus fort.

Le silence des avocats, la voix des symboles

Il y a quelque chose de presque tragique dans cette situation. Un homme en détention, accusé de crimes graves, mais dont personne ne semble pouvoir entendre véritablement la parole. Ni ses juges, ni ses soutiens, ni même ses opposants. Juste des postures. Des positions. Et une question qui revient, sourde : jusqu’où va la justice ?

En attendant le 24 juin, les jours continuent de filer. Et avec eux, les questions. Est-ce qu’un procès peut être juste sans présence de la défense ? Peut-on demander à un citoyen de choisir entre son pays et ses idées ? Et surtout, à quoi ressemble une justice lorsqu’elle hésite autant à trancher ?

Pour l’instant, une seule certitude : le livre n’est pas fini. Et la dernière page, celle qu’on attend tous, tarde à se tourner.

 

keninas

Recent Posts

Croissance, PIB et réformes : Le FMI salue la solidité de l’économie algérienne

 Dans son dernier rapport consacré à l’économie algérienne, le Fonds monétaire international (FMI) dresse un…

15 heures ago

Le port de Ténès exporte 15.000 tonnes de ciment et clinker vers l’Europe

 Le port de Ténès, dans la wilaya de Chlef, a annoncé ce lundi l’exportation de…

1 jour ago

Le « Made in France » perd du terrain en Algérie : un expert décrypte la dégringolade

 Les relations entre les deux pays traversent une phase de tension dont les répercussions ne…

2 jours ago

Taux de change en Algérie : légère hausse de l’euro face au dinar ce 21 septembre

 Le square Port-Saïd entame la semaine sur une note légèrement haussière. Ce lundi 21 septembre…

2 jours ago

Frais du Hadj, réforme de la Protection civile… les directives de Tebboune au Conseil des ministres

 Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a présidé ce dimanche le 20 septembre une…

2 jours ago

Wagons made in Algeria : l’accord qui promet plus de 70% d’intégration

 L’Entreprise nationale des constructions métalliques et chaudronnées (ENCC Spa) a signé un accord-cadre avec le…

2 jours ago