Quand la République arabe sahraouie démocratique (RASD) a pris place autour de la table des ministres des Affaires étrangères de l’Union africaine et de l’Union européenne, à Bruxelles, ce n’était pas juste un siège. C’était un message.
Un message adressé autant aux alliés qu’à l’adversaire. Un message clair : la RASD est là, bien présente, malgré les vents contraires soufflés depuis Rabat.
Pour Mohamed Yeslem Beissat, le ministre sahraoui des Affaires étrangères, cette participation « n’est pas un privilège, mais un droit ». Et ce droit, il le défend avec conviction. Selon lui, la RASD est membre fondateur de l’Union africaine — ce qui lui donne légitimité pour être présente partout où l’UA pose ses valises. Et à Bruxelles, c’était le cas.
Derrière les mots diplomatiques, on sent une fierté : celle d’un pays qui ne se laisse pas effacer de la carte. Même quand son existence est remise en cause par le Maroc, qui, depuis des mois, faisait campagne pour que la RASD soit tenue à l’écart.
Mais voilà, comme dit si souvent le proverbe : qui sème le vent récolte la tempête. Et ici, c’est bien Rabat qui a vu ses espoirs balayés par la réalité diplomatique.
Depuis son retour à l’Union africaine en 2017, le Maroc ne cache plus ses efforts pour isoler la RASD. Menaces, pressions, appels au boycott — tout y est passé. Mais à Bruxelles, rien n’y a fait. La RASD était assise à la même table que les 27 pays européens et les autres membres africains.
Oubi Bouchraya Bachir, représentant du Front Polisario auprès des Nations unies, n’a pas mâché ses mots : cette participation, c’est « l’échec de toutes les manœuvres » marocaines. Et il le voit comme un signal fort envoyé à ceux qui pensent pouvoir gommer un État du simple fait d’une occupation militaire.
Cela fait maintenant trois rencontres ministérielles entre l’UA et l’UE : Abidjan en 2017, Bruxelles en 2022… et encore Bruxelles en 2025. À chaque fois, la RASD y était. Et à chaque fois, Rabat voyait ses rêves reculer un peu plus.
Ma El Aïnin Lekhal, vice-représentant de la RASD à l’Union africaine, insiste sur un point : la position de l’UA est claire. Elle reconnaît la RASD. Et elle ne cédera pas face aux pressions extérieures.
Certains diront que c’est un combat de symboles. D’autres y verront une bataille d’influence. Mais pour les Sahraouis, c’est aussi une question de dignité. Comme le dit une vieille expression : « On peut tromper une partie du monde, mais pas toute la vie. »
Et à Bruxelles, personne n’a été dupe. Ni les Européens, ni les Africains. Tous ont reconnu que la RASD n’est pas un invité encombrant, mais un acteur incontournable du dossier saharien.
Cette participation à Bruxelles ne résout pas le conflit. Personne ne l’ignore. Mais elle marque un tournant : la diplomatie sahraouie sort grandie de cette épreuve.
Alors que le conflit traîne depuis des décennies, avec des négociations en pointillés et des tensions régulières, ce genre de victoire symbolique permet de garder le cap. Elle rappelle aussi que derrière les chiffres, les cartes et les communiqués officiels, il y a des gens. Des familles dans les camps de réfugiés. Des militants. Des diplomates qui portent leur pays sur leurs épaules.
Et peut-être, grâce à ce genre de moments, un jour, on parlera non plus de « crise », mais de « réconciliation ».
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