Économie

L’Algérie réhabilite le commerce du cabas : entre survie économique et régularisation inédite

C’est dans les aéroports d’Alger ou d’Oran qu’on le voit le mieux. Des dizaines de jeunes qui passent les portiques avec, dans leurs valises, des vêtements, des gadgets électroniques, parfois même des épices rares ou des produits de beauté. Ce n’est pas du tourisme, c’est du business. Le fameux commerce du cabas, longtemps traqué comme un fléau, pourrait bien être réhabilité.

Un tournant inattendu

Le 18 mai dernier, le président Tebboune a surpris tout le monde en annonçant la régularisation du commerce du cabas. Exit les saisies brutales aux douanes, place à une intégration dans l’économie formelle. Une décision qui marque un virage complet après des mois de répression accrue.

Pourquoi ce changement soudain ? Peut-être parce que derrière ces sacs et ces valises, il y a avant tout des jeunes sans emploi, des familles entières qui survivent grâce à cette activité informelle. Et peut-être aussi parce que les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre deux et trois milliards de dollars par an, selon Care, un think tank algérien.

Une économie cachée, mais bien réelle

On parle souvent du cabas comme d’un mal nécessaire. Mais personne ne semble vouloir en parler vraiment. Les chiffres sont encore imprécis, les acteurs nombreux — peut-être des centaines de milliers de personnes —, mais une chose est claire : ce commerce répond à un besoin.

« Ces produits sont ceux qu’on ne trouve pas ici, ou alors à des prix prohibitifs », explique Karim, un étudiant de 24 ans rencontré à Alger. Il revient d’un voyage en Turquie avec deux valises pleines de cosmétiques bio qu’il compte revendre sur les marchés locaux. « C’est pas de la contrebande, c’est juste que les gens veulent avoir accès à des choses différentes. »

Pas de menace pour l’industrie locale

Care insiste sur un point : le cabas n’est pas un danger pour la production nationale. Pas question ici de concurrence déloyale ou de réseaux mafieux. Plutôt une économie de survie, alimentée par des jeunes qui cherchent à gagner quelques dinars pour vivre dignement.

Et si certains redoutent que cela nuise aux commerces traditionnels, d’autres y voient au contraire une bouffée d’oxygène. « Ce n’est pas une industrie lourde, c’est plutôt une soupape de sécurité », affirme une responsable économique contactée sous couvert d’anonymat. « Tant que l’État n’arrive pas à fournir les biens nécessaires, ces circuits resteront vitaux. »

Réguler, pas criminaliser

La grande idée désormais : créer un cadre légal pour encadrer ces importations. Permettre à ces jeunes de changer leurs euros en dinars via les banques, ou même de bénéficier d’un statut officiel. Comme un artisan, un micro-entrepreneur.

Certains experts vont même plus loin, proposant un double taux de change pour faciliter l’accès aux devises. Une idée audacieuse, mais qui pourrait faire sens dans un pays où le marché noir des changes reste puissant.

Vers une nouvelle donne économique ?

Loin de résoudre tous les maux de l’économie algérienne, cette décision pourrait néanmoins marquer un tournant. Elle montre une volonté d’écouter les réalités du terrain, et non seulement les discours politiques.

Parce que finalement, peut-être que ce n’est pas en combattant les petits acteurs qu’on construit une économie forte, mais en leur tendant la main. Après tout, mieux vaut cultiver le jardin qu’arroser les pierres.

Et si le cabas était, contre toute attente, un début de réponse à la crise d’emploi et de pouvoir d’achat ?

 

keninas

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